J’ai participé la semaine dernière à un séminaire sur les médias à Budapest.
La Hongrie n’était pas un choix au hasard pour ce débat puisque le gouvernement de droite a fait passer en force une loi extrêmement restrictive pour les médias, décriée dans toute l’Europe. Hélas, voilà le gouvernement qui est aujourd’hui à la tête de la Présidence de l’Union Européenne!
De nombreux ONGs, des organisations de journalistes mais aussi les partis et les deputes socialistes se sont mobilisés pour demander le retrait pur et simple de cette loi, qui prévoit par exemple que la personne à la tête de l’autorité publique des médias soit nommé directement par le Premier Ministre, et ce pour 9 ans!
J’ai été choqué par la lenteur de la réaction de la Commission européenne, et par l’inadéquation de sa réponse. Mme Kroes, Commissaire en charge de l’agenda digital, n’a analysé la loi, en bonne libérale qu’elle est, que sous l’angle du marché intérieur, et pas sous le prisme des droits fondamentaux!
Mais ce qui m’inquiète d’autant plus, c’est que cette loi n’est qu’un exemple révélateur de la dérive autocratique de la Hongrie sous l’emprise de M. Orban. La réforme de la loi électorale, favorisant son parti, ou encore la réforme de la constitution, affablissant considérablement les pouvoirs du Conseil constitutionnel, montrent que la Hongrie est en train de devenir une “tyrannie de la majorité” comme l’avait déjà prédit Tocqueville dans les années 1830. Avoir 2/3 des députés au Parlement ne veut pas dire faire ce que l’on veut. Il faut des garanties démocratiques et un équilibre des pouvoirs. Mais le Fidesz les empêche d’agir les uns après les autres, que ce soit les médias ou la Cour constitutionnelle.
Le pluralisme des médias est un élément clé de la démocratie. Les socialistes se battront pour le préserver.
Hélas, la Hongrie est loin d’être un cas isolé dans l’Europe de droite d’aujourd’hui. Jettez un coup d’oeil au classement de Reporters sans Frontières : la sentence est sans appel. La France est 44ème. Elle a fait l’objet de remontrances de la part de la représentante de l’OSCE pour la liberté des médias, Dunja Mijatovic, qui a déclaré que la nomination par le Président de la tête de l’audiovisuel public est un obstacle à son indépendance.
Et je pourrais donner plein d’autres exemples préoccupants parmi l’Italie de Berlusconi, la Bulgarie de Borrisov, etc.
Cette situation n’est pas acceptable. L’UE est fondée sur le principe de démocratie et doit être le garant de la liberté d’expression et d’information, comme stipulé dans la Charte des Droits Fondamentaux.
Je vois une certaine ironie dans le fait que l’on soit – à juste titre – strict avec la Turquie pour qu’elle revoit ses lois en matière de diffamation afin de pouvoir rentrer dans l’UE, mais qu’on permette à un Etat ayant déjà intégrer l’UE de mettre en place des lois bien plus restrictives. Cela donne l’impression qu’une fois entré, on peut faire ce que l’on veut et nier les principes mêmes que l’on nous a demandés de respecter afin de faire partie du club!
La question de la liberté de la presse se pose aussi en termes d’indépendance. Indépendance de la ligne éditoriale vis-à-vis des pouvoirs publics, mais aussi vis-à-vis des grands groupes, qui sont aujourd’hui propriétaires de la plupart des médias. Nous devons instaurer des règles strictes pour éviter la collusion d’intérêts entre la concentration des médias et le pouvoir politique et économique.
C’est pourquoi les socialistes européens demandent à la Commission de se saisir de la question et de présenter une législation cadre garantissant des standards pour assurer le pluralisme médiatique dans tous les Etats membres. La Commissaire Reding nous dit qu’il n’y a pas de base juridique pour cela. Je réponds qu’il s’agit d’une question de volonté politique.
Heureusement, de bons exemples existent aussi en Europe. Je suis fier d’avoir rencontré Robert Marshall, député socialiste islandais, à l’origine de L’initiative islandaise pour des médias modernes, qualifiée par l’OSCE de “protection pour la libre parole et le journalisme la plus forte du monde”.
Comme quoi, aussi au niveau des droits fondamentaux et de la liberté de paroles, les gouvernements socialistes font aussi la différence.


