J’ai été très choqué d’apprendre que plusieurs députés européens se sont rendus coupables de toucher de l’argent de la part de faux lobbysistes pour déposer un amendement. Ces accusations sont très graves, et je me réjouis des réactions rapides des partis, dont le PSE, et des groupes ayant exclu les députés fautifs.
Ce scandale révèle la faiblesse du règlement du Parlement européen à l’égard des députés européens. Nous devons renforcer ces règles, pour que de tels scandales ne se reproduisent pas. Le conflit d’intérêts doit être prévenu, les députés européens ne devraient pas être en mesure d’accepter des cadeaux, quel qu’en soit le montant, ni d’exercer des activités rémunérées, et en particulier pas de consultance. Les déclarations d’intérêts financiers doivent aussi faire l’objet d’un monitoring plus poussé.
Voici mon interview dans Europolitics sur la question :
Entretien avec le secrétaire général du PSE Philip Cordery
« Cela ressemble à une invasion de lobbyistes de sociétés au PE »
Propos recueillis par Gaspard Sebag | jeudi 24 mars 2011
Philip Cordery, secrétaire général du Parti des Socialistes européens depuis 2004, préconise des règles plus strictes pour les membres du Parlement européen afin de combattre l’invasion croissante de lobbyistes de sociétés commerciales dans l’institution.
Comment réagissez-vous au scandale du monnayage d’amendements dans lequel trempent trois eurodéputés ?
Cela montre qu’une réforme est nécessaire. Cela ressemble à une invasion de lobbyistes de sociétés au Parlement européen, et il semble que leur seul badge d’accès soit une carte de crédit. Ce n’est pas ce qu’il nous faut pour une législation de qualité. Le rôle d’un député européen est de légiférer pour le compte des citoyens. Nous ne disons pas qu’il ne doit pas écouter les ONG, l’industrie... Mais échanger contre cela un cadeau ou de l’argent est quelque chose que nous devons examiner de près et totalement interdire.
Comment ?
La Commission est passée par un processus similaire il y a quelques années. Elle est passée par un nettoyage (après les scandales de corruption qui ont fait tomber la Commission Santer). Elle a un code de conduite, et un code de conduite est un bon exemple de ce qui pourrait être envisagé pour le Parlement européen, avec des règles très strictes pour les parlementaires, surtout en ce qui concerne une seconde activité. Un député européen est un député européen. En pleine crise financière, je pense qu’un job suffit.
Un registre de transparence obligatoire au Conseil reste bien un objectif ?
Toute personne qui a une position publique doit être soumise aux mêmes règles et code de conduite. Il n’y a pas de différence entre institutions. C’est une question de principe, c’est une question de moralité. Il est normal qu’une personne qui occupe ce type de fonction agisse de manière totalement transparente. Dan Jorgensen (S&D, Danemark) a fait il y a quelques mois une proposition. Il faut des registres obligatoires des deux côtés. On pourrait avoir d’une part les lobbyistes qui remplissent leur registre, et d’autre part celui des eurodéputés, et confronter les deux.
Et les règles concernant l’activité des députés après mandat ?
Nous devons absolument examiner les conflits d’intérêts entre ce qui peut se faire au Parlement et ce qui peut se faire ensuite.
Comment ces règles plus strictes seraient contrôlées ?
Il nous faut d’abord ces règles. Les règles ne sont pas assez sévères. Nous devons disposer de règles plus claires, un code de conduite, et ensuite nous pouvons espérer qu’un contrôle aussi strict ne soit pas nécessaire. Il y a des freins et des contrepoids. Il y a l’OLAF (Office européen de lutte anti-fraude). Rien n’empêche de mener des contrôles de députés au hasard. C’est ce qui a cours dans d’autres parlements nationaux. Le Parlement européen devrait peut-être regarder comment fonctionnent d’autres législations nationales.
Le Parlement européen y voit une leçon l’incitant à renforcer les règles.



Je conduis actuellement une délégation du PSE en Turquie.