La conférence du PSE sur les révolutions arabes se poursuit aujourd’hui.
Il apparaît clair que de nombreux acteurs à la fois liés aux anciens régimes tunisien et égyptien, mais aussi extérieurs, et
notamment la droite européenne, ont intérêt à ce que les révolutions échouent, pour faire regretter le « temps de la stabilité ».
C’est pourquoi les aspirations démocratiques doivent aujourd’hui se concrétiser. Je vois six défis à relever.
Le premier c’est bien sûr de consolider la démocratie.
C’est pourquoi nous devons nous assurer que la démocratie s’enracine, sans interférer mais en créant les conditions
nécessaires. L’UE doit offrir son aide à tous les mouvements démocratiques émergents et ainsi assurer les conditions de la transition démocratique. La société civile a un rôle fondamental à jouer
dans la transition et dans la mise en place d’une bonne gouvernance. Néanmoins les partis politiques ont aussi un rôle crucial à jouer dans la mise en place d’un régime vraiment démocratique. Il
n’y a pas de vraie démocratie sans partis politiques forts. L’UE doit aider les partis politiques européens et les fondations politiques européennes à jouer leur rôle, d’aide, de soutien et de
formation. Nous devons nous engager particulièrement durant la période pré-électorale et réunir les conditions pour des élections transparentes et crédibles.
Mais consolider la démocratie c’est aussi accepter les résultats d’élections démocratiques. Ceci ne veut pas dire que nous
ne devons pas rester vigilants face à des forces non démocratiques. L’Union Européenne devra user de sa conditionnalité démocratique en cas de dérapage.
Le deuxième, c’est de permettre l’extension du Printemps arabe. La vague démocratique doit s’enraciner dans toute la
région.
Bien sûr, les situations sont très différentes d’un pays à l’autre : certains sont des monarchies d’autres des républiques,
le rôle de l’armée dans la sphère politique est différente, les revenus pétroliers, etc. Mais il existe un point commun : le manque de libertés démocratiques et la violation des droits de
l’homme.
J’ai une pensée aujourd’hui pour les citoyens libyens qui luttent contre une des dictatures les plus effarantes, qui
justifiait la réaction internationale. Kadhafi doit être jugé devant la cour pénale internationale et ses avoirs confisqués.
Je voudrais aussi saluer la générosité du peuple tunisien qui accueille aujourd’hui de nombreux réfugiés libyens à la
frontière. L’UE doit aussi apporter une réponse humanitaire à la crise.
Une pensée également pour les citoyens syriens qui se battent pour réclamer la libération immédiate de tous les manifestants
arrêtés, des militants des droits de l’homme et des prisonniers politiques et demandent des réformes démocratiques. La communauté internationale doit condamner Damas.
Mais aussi les peuples du Bahreïn, du Yémen, de Jordanie, d’Iran, qui luttent au quotidien pour la démocratie.
Je n’oublie pas les citoyens algériens pour qui le printemps arrivera inéluctablement face à la détermination de son
peuple.
Ni l’Arabie Saoudite qui envoie ses troupes au Bahreïn, accueille les dictateurs déchus et qui aux prochaines élections
locales ne donne même pas le droit de vote aux femmes.
Le troisième est d’assurer le progrès économique et social. Ces pays sont durement touchés par la crise, ils connaissent
d’importantes pertes d’emplois dans l’industrie textile, les centres d’appels, le tourisme, etc. Nous avons une responsabilité collective à préserver ces emplois, et donc à assurance les
conditions de la relance. Sans cela, les tensions sociales vont encore monter.
L’UE ne peut pas se contenter d’accord de libre-échange, il faut une approche concertée d’investissements et mettre à
contribution de la Banque Européenne d’Investissement et de la Banque Européenne de Reconstruction et de Développement.
On estime le gain de croissance à venir en devenant démocratique à 1,5%, il y a donc de quoi être optimistes.
Le quatrième, c’est le défi humanitaire et migratoire.
Je suis profondément choqué par les propos de la droite et notamment l’attitude de Sarkozy et Berlusconi qui remettent en
cause aujourd’hui un des principes même de l’intégration européenne, à savoir la libre circulation, pour des raisons purement électoralistes. La droite joue sur la peur, la division, l’exclusion,
joue à monter les gens les uns contre les autres plutôt que de s’attaquer aux vrais problèmes.
On doit montrer de la volonté politique face à ces situations dramatiques. On ne peut pas juste fermer notre porte à des
hommes et des femmes qui fuient des situations instables et dangereuses. L’UE doit coordonner une aide humanitaire, mais aussi proposer un paquet asyle juste et courageux, et aider au
développement des pays pour redonner envie à ses citoyens de vivre chez eux.
Le cinquième, c’est la mise en place d’un nouveau partenariat euro-méditerranéen. Car reconnaissons-le, l’Union pour la
Méditerranée tant voulue par Nicolas Sarkozy a été un échec cuisant. Les citoyens en ont été les grands oubliés.
Nous soutenons les initiatives d’intégration régionale qui permettront au Maghreb et au Machrek, le développement
d’ensembles régionaux forts, capables de faire face à la mondialisation. Et nous devrons entamer, ensemble, une discussion profonde pour développer de véritables partenariats qui mettent les
citoyens au cœur de la stratégie euro-méditerranéenne, basée sur la démocratie, la justice sociale et le progrès.
Enfin, notre dernier défi est de promouvoir la social-démocratie dans la région.Notre rôle en tant que partis
sociaux-démocrates est de s’assurer d’abord que la démocratie s’installe mais ensuite que nos valeurs se matérialisent dans des mouvements politiques dans la région.
Nous avons été témoins ces derniers mois d’aspirations légitimes de
citoyens à la démocratie. Nous ne devons surtout pas décevoir ces aspirations. Les socialistes et sociaux-démocrates européens vont continuer leur action de soutien à la démocratie et au
développement d’un système pluraliste de partis politiques, d’un état de droit, et du respect des droits de l’homme.